Partager l'article ! ZAC en chantier: Chantier imaginaire à Maurepas "une création partagée" à Rennes du 23 au 28 mai 2011 ...
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D'abord, nous sommes confus de n'avoir pas communiqué en amont sur cette intervention. Mais comme nous pressentions qu'il y avait deux chances sur trois de se planter. Nous ne communiquons que maintenant sur la réussite de ce "chantier imaginaire". Nous avons saisi la chance qui restait pour passer au travers des risques encourus : instrumentalisation, animation seulement divertissante, pacification, défouloir d'expressions spontannées...
"Est-ce que c'est une oeuvre ?" la question de la journaliste m'a fait bondir. Je ne me pose jamais ce genre de question : où commence
et finit l'Art ? Est-ce qu'une proposition artistique meurt dès qu'elle s'inscrit dans le vivant, qu'elle se partage avec la population civile, et qu'elle tend à être utile ? Il existe
bien de la science politique, pourquoi pas de l'art politique ? Alors, je me "trie" rapidement et lui concède que "oui, c'est une oeuvre, puisque d'une part c'est une perfomance et que d'autre
part la résidence d'immersion donne lieu à des visites théâtralisées."
Elle m'aurait demander si c'était de l'animation, de la médiation, de l'activisme, de la sensibilisation, de la communication municipale, de la provocation, du militantisme, de l'action syndicale, du débat public, de l'urbanisme, de la réflexion politique, du prosélytisme anarchiste, de la rigolade citoyenne, de l'organisation à la résistance, de l'apprentissage de la complexité, de la préparation à la guerilla, de la responsabilisation collective, ou de l'éducation populaire ... j'aurais répondu "OUI !", pour les mêmes raisons. Décloisonons nos perceptions, débridons nos actions, agissons large et pointu !
Passer à travers pour éviter de passer à côté !
Après 15 ans d'intervention dans l'espace public, c'est comme une évidente nécessité de participer à l'invention de nos villes et de s'intéresser à la place qu'elles laissent à leurs habitants dans leurs évolutions. Nos villes seront elles vivables ou simplement pratiques ? Le processus d'intervention "Chantiers imaginaires" est destiné au ZAC "habitées" (Zone d'Aménagement Concerté).
UN PERSONNAGE :
Cédric Pelletier, ouvrier de chantier à l'écoute des experts : les habitants.
UN DISPOSITIF :
Une cabane de chantier et son périmètre de barrière au cœur du quartier.
UN PROCESSUS :
Durée et disponibilité (7 jours et 24/24h) pour la rencontre et l'échange.
UNE DEMARCHE :
Préparation, immersion, agitation, débats, visites guidées et ateliers.
UN OBJECTIF :
Récolter, remuer et restituer les perceptions et projections des habitants et des acteurs d'un territoire.
Mettre l'opinion sur rue.
"Je suis ouvrier de chantier, on m’a confié une mission :
préparer les travaux de transformation du quartier."
J'ai bien reçu des directives, mais personne n’a l’air d’accord sur ce que je dois faire : les architectes se font mousser, les urbanistes délirent, les élus veulent tout et aussi mieux inclure la participation des habitants, qui eux, bien sûr, n'ont pas tous les mêmes aspirations...
Qui est le mieux placé pour savoir
ce qu'il faut faire chez eux ?
Il faut pourtant bien que tout ce petit monde vive ensemble dans ce quartier. Il faut inventer une manière de décider ensemble et dans un premier temps de se regarder en face, de se confronter et de s'affirmer.
L'intervention relève aussi de la performance : vivre en cage en bas des tours, prendre ses temps de pause et de
déjeuner dans la cage.
Chantier imaginaire "Maurepas-Gayeulles 2011" est soutenu par "TERRITOIRES" (aménageur) et accompagné par JEUDEVI (bureau d'étude en sociologie)
Trois axes : l'imaginaire, le concret, la représentation.
Trois questions simples et rapides entament un échange qui prend ensuite sa liberté : Que voulez-vous voir apparaître ? Que voulez-vous voir disparaître ? Qu'êtes vous prêt à faire ? Pour révéler :
ce qui relève de l’imaginaire, qui réveille des utopies(« On pourrait accueillir des girafes qui s'occuperaient de tailler les arbres et des moutons pour les pelouses ! »)
ce qui relève d’une concrétisation opérationnelle(« Moi je vous le dit, ce qu’il faut pour ce quartier c’est mettre un café à chaque rez-de-chaussée d'immeuble. »)
ce qui relève des représentations qu’ils ont sur les autres acteurs du quartier, sur le quartier lui-même : comment il fonctionne, comment il se vit, quel image il donne, quelle réputation il a, etc. (« C'est pas les situations sociales qu'il faut mixer, ce sont les richesses qu'il faut partager. Si ils nous mettent des cadres ça fera moins loin pour faire les ménages, ... pour chourave aussi d'ailleurs. »)
Quatre étapes
première étape : récolter des informations des personnes renseignées.
Des balades préalables de collecte avec des professionnels (architecte, urbaniste, technicien de la ville de Rennes, élu de quartier…), des acteurs locaux (associations, commerçants, éducateurs, bailleurs...) et des habitants permettent de nourrir la connaissance du terrain et de préparer la seconde étape.
seconde étape: créer une émulsion.
Du lundi 23 mai au jeudi 26 mai. Un petit chantier s'installe avec un cabanon entouré de barrières Heras. Le personnage bivouaque sur place. L'installation indique clairement que tous y sont conviés et interpelle sur le sujet : du changement à venir dans le quartier.
Présent 24/24, le personnage est entièrement disponible. Le quartier est mis en débat, tout est politique.
De jours en jours, Cédric Pelletier est connu comme le loup blanc. Au fil de la semaine, des interventions et des installations font apparaître les convergences et divergences des perceptions et des imaginaires du quartier (panneaux, messages au blanc de meudon, tissage de rubalise...). Ces quatre jours sont aussi ceux de l'écriture des visites des jours suivants.
troisième étape: les visites guidées de chantiers imaginaires
Il s’agit d'explorer avec humour et dérision les tensions inhérentes à cet îlot de ville et aux travaux qui depuis plusieurs mois déjà ont alimentés les rumeurs.
Les visites s'adressent à 12 personnes à la fois, 3 le vendredi (17h, 18h30 et 20h) et 4 le samedi (11h, 14h30, 16h30 et 18h30). Une visite dure entre 30 et 90 minutes, en fonction de la participation des visiteurs, pendant lesquels on traversera l'ensemble du quartier. La visite se poursuit avec un échange entre les visiteurs.
quatrième étape : l'atelier de créativité et de prospective
Rendez-vous est pris quelques temps après les visites pour trois demi-journées d'ateliers avec des habitants, il s'agit de réaliser une action marquante et significative, de formuler de façon audible ou visible et décalée les envies, les volontés et les inquiétudes rencontrées par les habitants dans cette phase de transformation de leur quartier. Le sujet et le mode d'intervention sont choisis avec les participants.
En 2010, dans le cadre du Projet Urbain du Blosne, rénovation d'un quartier menée par la Ville de Rennes, Les Grands Moyens ont déjà expérimenté ce dispositif, en collaboration avec l'Âge de la Tortue (actions artistiques in-situ), la SCOP Le Pavé (éducation populaire) et l'association Parasol (éco-co-habitat).
Photos :
ALGO
Bertrand Cousseau
Jérémie Steil
Rémi Jacob
Vidéos :
Benoît Lamy
Sylvain Groseil
Vincent Lucas